Concours Stéréotypes Busters 2016 organisé par la Conférence des Grandes Ecoles (CGE)

http://www.cge.asso.fr/

"À l’occasion de la première édition de son concours Stereotype busters, les référents Egalité des écoles membres et les entreprises  partenaires du concours se sont réunis le 19 mai au sein de l’établissement Arts et Métiers ParisTech, pour remettre leurs prix aux étudiant(e)s lauréats et aux écoles primées. Ce concours est une initiative du groupe Egalité femmes-hommes de la CGE, qui rassemble une centaine de référents Egalité des écoles membres."


Interview croisée entre 
  • Marie-Sophie Pawlak, Responsable du Groupe Egalité Femmes/Hommes de la Conférence des Grandes Ecoles (CGE) et co-référente Egalité Femmes/Hommes ESSEC
  • Cécile Bottero, étudiante ESSEC Grande Ecole
  • Aurane Duprat, chargée de mission Diversité chez EDF



Marie-Sophie Pawlak, Responsable du Groupe Egalité Femmes/Hommes de la Conférence des Grandes Ecoles (CGE) 

1. Le concours Stéréotypes Busters a élé lancé en 2015 par le Groupe Egalité Femmes/Hommes de la CGE. Quels en sont les objectifs ? 

Il s’agit de faire réfléchir nos étudiants et étudiantes  à l’origine des inégalités H/F et à les faire prendre conscience que les stéréotypes de genre sont souvent ignorés car complètement intégrés comme « normaux » dans le conscient et l’inconscient.
En prenant certains exemples de la vie courante, professionnelle, sportive, on leur a proposé de dénoncer ces stéréotypes et d’ouvrir la voie à leur dépassement.

2. Pouvez-nous donner quelques détails sur l’organisation de cette première édition ?

Nous avons demandé aux étudiants de produire des affiches ou des videos sur le thème des stéréotypes F/H. L’idée était aussi de pouvoir permettre aux étudiants ingénieurs et managers de pouvoir aussi exercer leurs talents de créativité sur un sujet sociétal  à travers une production « artistique ». Plus d’une centaine ont répondu en produisant une trentaine d’affiches et une quinzaine de vidéos, toutes plus intéressantes les unes que les autres.
Je suis évidemment très fière qu’une de nos étudiantes à l’ESSEC, Cécile Bottero, ait remporté le prix affiche dans la catégorie affiche individuelle.
Les équipes étaient le plus souvent mixtes, mais une des 2 videos lauréates a été faite par une équipe entièrement composée de garçons (parce qu’il y a vraiment peu de filles dans leur Ecole d’ingénieur) qui a fait une production excellente, en se mettant dans la peau d’une femme, le temps d’une journée. Le résultat est bluffant : humour et subtilité pour nous montrer une angle de vue masculin , de ce que peut être la vie d’une femme confrontée au « sexisme ordinaire » !



3. Quel message souhaitez-vous adresser aux étudiants sur le thème de l’Egalité Femmes/Hommes ?

Toutes et tous ont déjà été ou seront un jour confrontés à des problématiques égalité F/H que ce soit dans leur vie perso, pro, ou dans le cadre d’activités sportives, culturelles politiques.
Nous leur proposons aujourd’hui de leur donner des clés pour apprendre à déjouer les pièges des stéréotypes et du sexisme ordinaire. Cela leur sera précieux , notamment dans leur vie de manager « responsable », qui auront à encadrer des équipes mixtes. Il faut apprendre à être vigilant /vigilante pour soi-même  et pour ceux qui nous entourent (famille, équipe professionnelle) , relativiser, sans jamais toutefois laisser passer des comportements qui induisent des inégalités F/H,  ou un manque de respect, sous prétexte que ça ne « serait pas grave ».
Dès lors que l’on a compris comment dépasser certains clichés en prenant de la hauteur , cela devient naturel et cela aide à mieux comprendre les autres et cela contribue à vivre dans une société où femmes comme hommes pourront avoir des trajectoires plu équivalentes.
Enfin, je voudrai aussi leur dire que l’égalité F/H, ça n’est pas non plus faire le raccourci qu’un homme et une femme c’est pareil. Bien évidemment nous avons des différences, ne serait-ce que physiques, émotionnelles, etc … et ces différences font notre complémentarité.
L’égalité F/H c’est avoir entre hommes et femmes, les mêmes droits, les mêmes devoirs et pouvoir avoir les mêmes ambitions.


4. Que leur conseillez-vous pour les prochaines éditions du concours ? 

Je vais me contenter de citer une étudiante lauréate du concours dans la catégorie video en équipe . Alors que je lui demandais pourquoi elle avait décidé de participer à cette première édition, voici sa réponse : « Je n’étais au premier abord pas intéressée par ce concours, car dans notre Ecole, tout se passe bien, il n’y a pas de problèmes entre hommes et femmes.
Mais après y avoir réfléchi en groupe, nous nous sommes dit que peut-être que nous ne voyons aucun « problème » car nous avons déjà entièrement intégré les stéréotypes et les inégalités qui peuvent en découler comme normales et  sans importance. C’est alors, qu’en interrogeant autour de nous , nous avons pris conscience de l’importance du phénomène et du grand nombre de stéréotypes de genre et de comportements différenciés qui existent. Alors nous avons fait cette video » !


Mon conseil est donc de simplement d’ « ouvrir les yeux » : regarder les titres des journaux, la composition des débats télévisés, les publicités (d’hier et d’aujourd’hui), la vie politique, le retour différencié des médias sur les compétitions sportives (féminines et masculines), les remises de prix, trophées, dans l’art et la vie culturelle, etc…Vous y trouverez une mine d’or pour la prochaine édition  et pourrez découvrir les progrès déjà accomplis dans certains domaines mais aussi les nombreux endroits où il reste du chemin à parcourir vers l’égalité F/H. 



Cécile Bottero, étudiante ESSEC Grande Ecole

5. Vous avez gagné le prix de la meilleure affiche individuelle et nous vous en félicitons. Pouvez-vous nous expliquer comment vous avez construit votre affiche et quels messages vous pensez ainsi transmettre ?

Dans mon affiche, j’ai cherché à montrer les stéréotypes tels qu’ils composent une certaine figure de la femme et réciproquement une certaine figure de l’homme dans notre société. Il m’a semblé que, fondamentalement, ces stéréotypes sont ancrés dans un imaginaire collectif assimilé dès l’enfance, et perçu par exemple dans des contes mais aussi de manière plus implicite à travers les gestes minimes du quotidien. Si l’on s’attache souvent à donner les chiffres d’une inégalité hommes/femmes mesurée, il s’agit aussi de réfléchir aux représentations qui régissent nos comportements en amont et qui induisent des inégalités dans les faits. Ces inégalités apparaissent comme le contour et la traduction dans la réalité des stéréotypes véhiculés par chacun. Ainsi c’est peut-être en agissant d’abord sur la vision transmise d’une différence genrée, qui limite par avance le champ des possibles et les ambitions personnelles des hommes et des femmes, qu’on pourra espérer réduire les inégalités constatées. 


6. Pourquoi avoir décidé de participer à ce concours ? Depuis la remise des prix, votre perception des enjeux de l’Egalité professionnelle a t-elle évoluée ? Pensez-vous vous impliquer davantage sur ce sujet au sein de l’ESSEC et/ou lors de vos prochaines expériences professionnelles ? 

Je me suis toujours sentie concernée par la problématique des inégalités entre hommes et femmes. C’est combat qui est a été et continue d’être mené entre autres par de grandes figures du féminisme, mais peut-être au risque que des personnes moins engagées individuellement puissent s’en sentir étrangères. Participer à ce concours, c’est un défi qui m’a permis de m’engager à ma manière sur cette question qui, avec évidence, me concerne en tant que jeune étudiante et future femme active. J’ai cherché à montrer les stéréotypes sous un autre angle, sans la véhémence d’une revendication mais simplement à travers les références visuelles d’une affiche, pour provoquer une prise de conscience face à ces problèmes qui, insidieusement, s’installent dans les consciences comme des comportements acceptables, et desquels, parce que nous ne faisons rien pour s’y opposer, nous devenons complices aussi. Je suis convaincue qu’il est nécessaire de s’informer sur ses droits, et je compte bien profiter des formations de l’ESSEC dédiées à ce thème pour évoluer avec les mêmes chances qu’un homme dans mon avenir professionnel.


7. Avez-vous d’autres idées d’actions pour faire changer les mentalités et agir pour l’Egalité Femmes/Hommes ?

Je suis convaincue qu’il est très important de savoir ce qu’il est possible de faire pour ouvrir son champs des possibles et imaginer de nouvelles ambitions. Tout commence là, dans les convictions et dans l’imaginaire qui dessine notre vision du monde et notre horizon de choix. Si certaines femmes ne s’aventurent pas sur des voies dans lesquelles elles pourraient réussir, c’est peut-être aussi parce qu’elles ne s’autorisent parfois même pas à l’envisager pour elles-mêmes. C’est pour cette raison que je pense que le premier acte pour espérer changer les choses doit être celui d’informer. Aussi parce qu’il existe cette interaction très forte selon laquelle on ne changera les mentalités que si l’on change nos habitudes, et qu’inversement nos comportements ne peuvent évoluer que si une brèche se crée dans notre manière de voir le monde et l’espace social. Cette brèche, certaines femmes l’alimentent par leurs initiatives personnelles et leur profil ouvre la voie vers une nouvelle conception des rapports entre hommes et femmes. Mettre en avant leur parcours peut débloquer des ambitions et dessiner une nouvelle voie pour d’autres femmes, jusqu’à peut-être changer notre vision collective des possibilités de carrière d’une femme, quelle qu’elle soit.

Prix de la meilleure affiche individuelle gagné par Cécile Bottero



Aurane Duprat, chargée de mission Diversité chez EDF

8. Pourquoi EDF a choisi d’être partenaire de ce concours ? 

EDF a choisi d’être partenaire de ce concours car notre entreprise est soucieuse du rôle qu’elle a à jouer dans la prise de conscience de l’existence et persistance des stéréotypes et des biais qu’ils sont susceptibles d’introduire dans nos relations et décisions au quotidien. Par ailleurs, la mixité est un enjeu majeur pour une entreprise comme EDF, qui cherche notamment à féminiser ses métiers techniques. C’est une chance inouïe de voir les productions de ces étudiants, débordants de créativité et d’idées pour aborder cette thématique.

9. Pensez-vous que les étudiants et jeunes diplômés aient encore besoin d’être sensibilisés à l’Egalité Femmes/Hommes et à l’égalité professionnelle en particulier ? 

de manière évidente puisque les étudiants et les jeunes diplômés sont les managers et les dirigeants de demain. Il est donc absolument indispensable qu’ils réfléchissent au sujet, qu’ils se questionnent et qu’ils soient sensibilisés à l’égalité femmes/hommes, non seulement professionnelle mais également personnelle, puisque les changements ne seront visibles que si la prise de conscience se fait sur les deux plans. Les jeunes générations ne sont pas exempts de ces stéréotypes et nous sommes convaincus qu’il faut même agir et communiquer au plus tôt, auprès des plus jeunes dans les collèges et les lycées pour que cela bouge…

10. Vous avez remis le prix de la meilleure affiche individuelle à Cécile Bottero. Comment pensez-vous que son travail puisse être utile dans le cadre de votre politique Egalité Femmes/Hommes ? Pouvez-vous aussi nous en donner les grandes lignes ?

Cécile Bottero, à qui nous avons remis un prix, a formidablement compris et abordé les stéréotypes de genre, en reprenant l’histoire et le personnage de Mulan. Le travestissement permet à la jeune fille de présenter sa bravoure, son indépendance, son ingéniosité et sa détermination, caractères non 
identifiés comme typiquement féminins mais le masque tombant, la confiance est perdue et tout est à reconstruire. C’est exactement ce sur quoi nous luttons et l’affiche sera en ce sens utile, même si les droits Disney ne nous permettront probablement pas de la valoriser au mieux.

Depuis 2004, date de signature de son premier accord Egalité professionnelle, EDF agit en faveur de l’égalité femmes-hommes et cherche à conjuguer la prévention des discriminations et la mise en place d’actions de sensibilisation et de formation de tous ses salariés. Le Groupe souhaite améliorer la mixité à tous les niveaux, notamment dans les fonctions de management et de direction. EDF agit pour faire évoluer les mentalités et valoriser les carrières au féminin, que ce soit par le développement et l’extension du réseau féminin du Groupe (3 300 membres) ou la remise des prix Fem’Energia, initiés en 2006 par EDF et Win France, qui récompense et permet d’attirer cinq jeunes femmes chaque année vers les métiers scientifiques et techniques, notamment dans le nucléaire.

EDF a également établi des partenariats pour favoriser l’égalité des chances, comme avec l’association « Elles bougent » pour laquelle les 250 marraines d’EDF témoignent de la faisabilité et de l’intérêt de leurs métiers techniques et scientifiques, de leurs expériences et de leurs parcours auprès de collégiennes et lycéennes ou avec les « Happy men » pour faire en sorte d’engager les hommes pour une plus grande égalité professionnelle entre les hommes et les femmes.